Juin 27 2009

Un très bel article sur la marche « au long cours »

par David MARTIN

Gilles Donada(*), rédacteur en chef du blog des marcheurs , nous a déniché un très article de presse d’une entrevue de Bernard Ollivier sur le bonheur de la marche au long cours.  Cet article « Le bonheur de marcher selon Bernard Ollivier« , rédigé par Benoit Vochelet du Blog Paris-Normandie, expose avec limpidité toutes les sensations ressentis dans les différentes phases d’une marche au longs cours.

Benard Ollivier parcourt ainsi les chemins du monde (et de France) depuis qu’il a décidé de prendre sa retraite :

« Six jours après avoir pris ma retraite (ou plutôt qu’on me l’ait donnée) en avril 1998, je suis parti à pied de Paris jusqu’à Compostelle, afin de décider de ce que j’allais faire de tout ce temps libre. J’étais alors très déprimé, inconsolable de la mort de ma femme, seul depuis que mes enfants avaient pris leur envol. La marche vous reconstruit au physique comme au mental. Au fur et à mesure que je parcourais les 2.300 km qui me séparaient de St Jacques, j’ai retrouvé énergie, bonne humeur et j’ai fait des projets d’avenir…« 

« …Et continuer à marcher sur une route d’histoire. Et quelle plus belle route d’histoire que la route de la soie ?  2300 ans d’existence, trois siècles avant notre ère l’an I de la mondialisation, le chemin des grandes « inventions » (en réalité très souvent emprunts à la civilisation chinoise) comme la boussole, le papier et la poudre qui ont permis à l’occident de découvrir le monde et de le dominer. Je suis donc parti en avril 1999 pour ce long chemin de 12.000 km, en doutant fortement de parvenir jusqu’au bout, mais rien ne coûtait d’essayer. Ce que j’ai fait.

Il explique avec simplicité ce que tous les randonneurs peuvent vivre et ressentir dans la marche :

« …la marche solitaire est si importante sur le plan de la personnalité que, à l’issue d’une longue marche, personne ne revient comme il est parti. Voyez la trace profonde sur ceux qui reviennent de Compostelle et qui expliquent l’incroyable succès de ce chemin, même lorsque l’on sait que ceux qui le font pour des raisons religieuses sont minoritaires. Marcher, c’est penser librement, loin de tous les stress que nous impose la vie moderne en société. C’est se recentrer sur soi-même, mesurer sa force de vie, se dépouiller du superflu, à commencer par l’instant où l’on fait son sac. Dans un monde de l’urgence et de la précipitation qui nous rend malade, le contrepoison est la lenteur. Et puis surtout, et c’est le paradoxe, marcher seul, c’est aller vers les autres. Rien ne vous prépare mieux à la rencontre, à l’échange, qu’une marche solitaire. Aucun moyen de transport ne permet cette ouverture à l’autre. Même en vélo, vous pouvez toujours dire « bonjour » à quelqu’un que vous croisez, mais le temps qu’il réponde, vous êtes déjà loin. Et vous êtes peut-être passé à côté de quelqu’un qui pouvait compter dans votre vie.« 

« …La difficulté lorsque l’on randonne tous les jours sur des distances importantes, ce n’est pas de marcher mais de s’arrêter. Pourquoi mettre un terme au bonheur ? Les pèlerins qui arrivent à Compostelle sont désolés ; c’est la fin du voyage, ils doivent descendre du petit nuage sur lequel ils étaient installés depuis des jours. Il n’y a que les sédentaires, les adeptes du fauteuil qui s’imaginent que la marche est douloureuse.

Une très belle entrevue qui exprime très précisément cet état, cette prise de conscience des autres et de nous-même dans la marche « au long cours» .

Merci encore à Gilles et bravo à Bernard pour cet extrait de lucidité.

GD_marcheur(*) : Gilles Donada, 41 ans est journaliste, chef du service web  pelerin.info (le site de l’hebdomadaire Pèlerin). Jusqu’à 38 ans, la marche lui était étrangère et trouvait ce moyen de locomotion lent et fastidieux (Un peu comme moi… 😉 ).

Gilles a découvert la marche en 2006 sur le chemin de Compostelle par la via Turonensis (via de Tours) qu’il parcourt de façon fractionnée 2 fois par an.  Il est aussi parti marcher seul en novembre 2008 sur le chemin de saint Gilles (appelé aussi chemin de Régordane) entre le Puy-en-Velay et Saint-Gilles du Gard.

« Depuis que j’ai fait ces premiers pas, je suis tombé en amour (comme disent les Québecois) avec la marche. »
« La marche  m’a mis en contact avec moi-même… »
« Quand je marche, je me sens immensément libre… »

Fin juin 2009, il devrait partir, pour la première fois, marcher avec ses enfants pour leur faire partager ce qui le rend heureux, sur la voie d’Arles vers Compostelle.

Comme il l’a fait pour moi, j’aimerais lui souhaiter, ainsi qu’à ses enfants, un très bon Chemin pour cet été.

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